Ce jour-là, il soufflait un vent bizarre, une sorte de foëhn énervé. Une immense bernique toute bosselée venait de se poser sur le terrain de football de la commune. Un petit homme fluet en sortit et s’étira en baillant. Il avait fait un si long voyage. Il était habillé d’une mousse gélatineuse orange. Sur son crâne chauve, une cinquantaine d’antennes en argent, plantées raides.
L’homme se mit à avancer. Il hésita. Il n’avait jamais vu de brins d’herbe. Un gros moustique aventureux voulut goûter le sang de ce qu’il pensait être un immortel et le mordit aux jambes. L’homme dirigea sur lui un rayon vengeur, mais le moustique s’était déjà envolé. Moteur miniaturisé mais quelle puissance ! se dit l’homme en le regardant s’éloigner.
Le visiteur venu de la planète de l’œil de lynx restait préoccupé. Une telle responsabilité aujourd’hui. ! Il se sentait déjà presque transparent, usé jusqu’à la trame. Il fit une dizaine de pas et s’appuya sur une des barres de la cage de football. Rassemblant toutes ses forces, Il se mit à crier avec l’énergie du désespoir:
« Des nuages de plus en plus sombres nous menacent. Ils viennent de chez vous. Ils polluent notre atmosphère. Nous sommes des êtres éthérés et tirons notre nourriture de l’air. A cause de vous, nous allons disparaître. Nous voulons vivre. C’est vous ou c’est nous ? Vous allez tous périr. »
Surpris, les paysans qui avaient pourtant les pieds sur terre stoppèrent leurs tracteurs, les employés de bureau immobilisèrent les souris des ordinateurs, les ménagères se sont assises dans leurs cuisines. Le village était dans l’attente de la mort annoncée. Tous se mirent à prier, même ceux qui croyaient en rien.
Seule une petite fille avait continué à jouer. C’était une enfant espiègle, qui n’avait peur de rien. Elle était libre d’aller et venir à sa guise. Ses parents savaient bien qu’ils ne pouvaient la surveiller jour et nuit. Aussi, ils avaient chargé un ange gardien de faire le travail à leur place. C’est ce qu’on appelle « déléguer »
Aujourd’hui, il n’y avait pas classe et la petite fille avait décidé d’escalader les gradins du stade.
En entendant cette voix , elle eut envie de voir de plus près ce qui se passait.
Elle s’approcha en sautillant du visiteur qui s’arrêta net de parler. Il n’avait jamais vu l’âme de la lumière jouer dans de longs cheveux blonds.
La petite fille demanda en riant et en montrant du doigt la soucoupe :
« C’est ton chapeau ? »
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre. D’ailleurs, il ne le souhaitait pas. Il lui était absolument interdit de laisser filtrer une information qui aurait pu mettre en danger la sécurité des siens
v « A quoi te servent tous ces piquants sur ta tête. Comment tu fais pour peigner tes cheveux tous les matins. ? »
v « Là, d’où je viens, il y a des douches de rosée qui nous font briller de la tête aux pieds. Nos antennes nous permettent de capter la vie, l’éclosion des boutons de rose, l’orchidée sauvage en devenir mais aussi la mort et la souffrance des arbres que l’on décapite. Quand il y difficulté, nous sommes là pour apporter encouragement ou réconfort. En somme, un service d’assistance psychologique, 24 heures sur 24, aux plantes qui souffrent Les hommes, nous ne pouvons rien pour eux. A l’image de leurs politiques à la radio, ils parlent tous en même temps. Il y a du brouillage sur les ondes et cela nous donne des migraines.
La petite fille l’écoutait attentivement. Une larme glissa sur sa joue. Elle se rappela tous ces platanes que l’on avait tués l’hiver dernier pour que les voitures ne les rencontrent plus le long des routes. Elle les avait entendu crier la nuit où le massacre avait eu lieu.
Le visiteur la regarda longuement. Il était déboussolé et c’était le comble pour un homme qui maîtrisait tous les tenants et les aboutissants des techniques les plus perfectionnées. Il finit, après maintes hésitations, par lui demander
v -« Es-tu la fée de la nature » ?
Elle répondit :
v « Tu n’as qu’à lire dans les pensées de mon chat Frimousset. C’est un vieux sage. Il sait plein de choses que les humains ignorent. Il dit que je suis une magicienne. Il miaule à qui veut l’entendre, que dans mes yeux il y a le plus bel arc en ciel de l’univers. »
v « Sur notre planète, reprit l’homme, tout devient gris et noir. Les pensées sombres des hommes ternissent notre lumière. Si tu veux, je t’emmène, tu seras la reine des éléments, tu dompteras les cyclones, tu feras chanter la brise pour nourrir le vide des silences de ceux qui n’ont rien à se dire. »
La petite fille se vit aussitôt habillée d’une jolie robe rose avec des volants en tulle. Sa couronne de perles ferait d’elle la plus belle des princesses. Elle avait déjà vu une, une vraie, à la télévision chez sa grand’mère qui pour une fois ne regardait pas « les chiffres et les lettres »
Elle se mit à réfléchir.
Puis-je emmener ma maman ? En réponse, il y eût un froncement de sourcils métalliques.
v « non, non et non, aujourd’hui seuls les enfants croient en leurs rêves »
v « Alors, je ne peux pas, dit la petite fille en déposant un baiser papillon sur la main visqueuse de l’homme. Il esquissa un sourire. Personne ne l’avait jamais encore embrassé, et ma foi c’était doux, délicieux. »
L’homme dit alors.
v « Tu es le soleil des matins froids d’hiver et tu peux faire fondre la glace dans le cœur des hommes. Chaque fois que tu rencontreras quelqu’un qui est triste, qui est en colère, fais lui comprendre que tu l’aimes et ris avec lui. Il sera heureux quelques instants et peut-être même tout le reste de sa vie terrestre. »
La nouvelle se répandit vite et chaque fois qu’un habitant du village croise une petite fille blonde, il lui sourit et voit en elle une apparition divine. Ils ne se trompent pas. Il y a eu des miracles. Les vieux ne disent plus toujours « de mon temps….. » les jeunes espèrent. Tous ont compris, que pour survivre, ils doivent s’aimer et s’entraider.
L’amour a le pouvoir de changer la couleur des choses, et le lourd nuage jadis foncé est devenu plus blanc que blanc. Il ne menace plus les habitants de la planète de l’œil de lynx
Et la petite fille danse inlassablement sur les chemins de la vie. Elle tient avec chacune de mains les côtés de sa robe légère et s’incline en révérence gracieuse devant toutes les créatures de la terre. Elle sait qu’ « il » reviendra à cause des bisous. Elle sait qu’elle l’aime aussi. L’amour ne s’explique pas.
LYLYA
ATELIER DU 16 /02/2009
Contrainte : à la manière du Petit Prince , écrire une légende sur les vents/ et ou la conquête de l’espace en vous inspirant éventuellement des Dogons ou de pygmées.
Contrainte – vers commençant par chacune des lettres d’un vent, ici tramontane, avec mention dans chaque vers du nom d’un
fruit
Reine des reinettes à la robe striée de rouge.
Apporte aussi raisins et miel à celui que tu aimes en secret
Mets encore dans ton panier, quelques mûres
Offre lui ton présent en souriant à ses prunelles noires
N’oublie pas de regarder sa pomme d’Adam
Tu le verras saliver en regardant ta bouche framboise
Accroche à ses oreilles des cerises jumelles
N’aie pas peur, il ne te volera qu’un baiser abricot
Emmène le sur la montagne goûter les myrtilles sauvages
Lylya
Touche doucement cette pomme, ce fruit défendu,
Toi mon camélia blanc,
Regarde le bel iris dressé devant toi.
Amie, ton parfum de jasmin m’a mis en émoi
Marions l’oiseau d’or à la corbeille d’argent
O, instant sacré où je déshabillerai l’innocente marguerite
N’aie pas peur de ma gueule de loup, j’ai patte blanche
Tu me laisseras cueillir ta fleur de coquelicot
Accepte, ô timide, la digitale de pourpre
Nue sur ton lit de pétales de roses, donnes-toi sans attendre
Ephémère, la fleur de la passion meurt si vite entre nos mains.
Lylya
Contrainte – vers commençant par chacune des lettres d’un vent, ici tramontane, avec mention dans chaque vers du nom d’une fleur
Devant l’église Sainte Réparate du Vieux Nice, le violoncelle « entre deux voyages s’est lancé sur le sentier peu fréquenté des dunes cantatrices ».
A l’entendre, on a la chair de poule. En face de lui, au deuxième étage, une vieille taupe cheveux carotte, yeux charbonneux se met à hurler « T’as pas fini avec ton crin-crin ». Le musicien n’en finit pas de se recroqueviller. Les notes se blessent au crépi de l’escalier en colimaçon. L’artiste sent le sol se dérober. Devenir oiseau et retrouver sa mésange. Pendant 10 jours, elle avait été là, au premier rang, fidèle à chaque représentation de Teseo. Sa longue chevelure brune, l’écharpe de soie rose pale qui caressait ses épaules… Un ange, qui tous les soirs, à la fin du dernier acte, jetait à ses pieds une rose rouge et un lys blanc noués par deux fils or et argent. Pendant ces instants, dont il avait rêvé, sans jamais y croire, il s’était senti le maître de l’univers. Une ivresse, un bonheur à risquer l’infarctus.
Et puis, elle avait disparu.
Il ne connaît ni son numéro de téléphone, ni son e mail. Il avait bien pensé à une déclaration spectaculaire pour lui prouver son amour. Une page entière sur « Libération » mais lisait-elle les journaux ? Une affiche immense sur les murs de toutes les stations de métro de la capitale, mais était-elle parisienne ? Il ignore même son prénom, autant chercher un « stradivarius » sur un vide-grenier.
Désemparé, il s’arrête de jouer et regarde le ciel. Dans les nuages blancs, il cherche à découvrir le visage de l’aimée. Tout bouge sans cesse et le pauvre musicien en perd la mesure. Une fois, c’est la longue chevelure qui se dessine; une autre fois, l’ovale du visage, mais tout reste flou. Le violoncelliste ne veut pas abandonner, renoncer ce serait la perdre une nouvelle fois. Il continue à observer l’horizon, des minutes, des heures. Il ne sait plus. A force de scruter le ciel, il lui semble apercevoir une immense partition.
Des notes par milliers, des noires, des blanches, des croches, des soupirs. En dessous de la portée, des lettres, des mots, des phrases qui dansent et semblent le narguer. Le musicien met ses mains en visière pour ne pas être ébloui par le soleil. Il parvient à force de patience à déchiffrer un texte écrit en lettres d’or, répété à l’infini « Violoncelliste, je t’aime. Rendez-vous le 14 février au Palais Lascaris »
Nul doute, était là un signe du destin. A moins que ce ne fût un mirage. Il préféra ne pas y penser.
Elle avait volé de nuage en nuage pour délivrer un « vibrato » d’amour à celui qu’elle aimait. Ne dit-on pas que l’amour donne des ailes. La preuve !
Toute cette désespérance, ces nuits sans sommeil. Tout cela faisait désormais partie du passé. Il irait au palais Lascaris. « Il éclata d’un rire, d’un rire divin »
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