Le bleu, c’est dit-on, l’azur, l’immensité du ciel et de la mer. Ses vagues ondulent dans la grande bleue. Elles portent tout et rien. Elles cachent ce qu’elles veulent. Elles offrent leur courant à qui sait les utiliser.
Ainsi, un jour, un bouchon bleu, ultime trace d’une noce inscrite au calendrier des amoureux, se retrouva à la crête d’une vague après être passée sous un pont, avoir franchi une digue dans un remous de toupie, comme propulsée par un engin.
De vaguelette en vaguelette, ivre de liberté et léger comme un nuage, il se mit à bondir pour se retrouver au large sur cette vague qu’il inspecta. Qu’allait-il devenir ? Etait-ce un lieu sûr ou éphémère ? Il lui fit confiance et gagna ainsi des lieux nouveaux, inconnus et plus calmes. Il finit par échouer sur une plage de gravier de corail où l’eau clapotait doucement sous un vent évanescent. Ici, pas de lierre, ni d’anémone, ni d’iris, ni de pimprenelle, mais de gais ixias flamboyants.
Pas d’éléphant, ni de mante religieuse, si élégante dans ses différentesparures utiles à sa vie. Par contre, de drôles d’individus : des iguanes se faisant dorer au soleil, des kagous hantant les bois proches et puis une chose bizarre dans l’eau peu profonde : comme une étoile dessinée par les enfants, mais d’un bleu !
Doucement notre bouchon se laissa porter jusqu’à « ça » et la regarda, en fit le tour, la toucha délicatement. « ça » se rétracta, puis après un petit moment se détendit et lança un bras comme une tige vers cette chose bleue, elle aussi, mais d’une autre nuance et la tâta puis l’enlaça entre ses bras et sembla l’embrasser comme un doudou. Le bouchon se laissa faire et sembla même apprécier.
Les vaguelettes emportèrent loin, jusqu’à nous, ce doux murmure enfantin.
« Qui es-tu ? »
« Je suis le bouchon bleu venu de très loin pour te connaître.
Et toi ? »
« Je suis Linckia, l’anémone de mer bleue. »
« Chez moi aussi, il y a des anémones, mais ce sont des fleurs de terre. »
« Moi, je suis la fleur des mers. Veux-tu rester ici avec moi ? A nous deux, on redonnerait du bleu à la mer après les tempêtes, on ourdirait des complots pour faire venir à nous tout ce qui est bleu. Qu’en penses-tu ?
« C’est une belle histoire d’amitié qui commence. »
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Si j'étais le soleil